Ces derniers temps, je vois passer des textes qui se veulent en faveur des sage-femmes et des accompagnantes à la naissance. C’est une très bonne chose. Cependant, ces textes dépeignent trop souvent une réalité exagérée et démonisent les professionnels qui travaillent en obstétrique à l’hôpital, que ce soit les médecins ou les infirmières.

Vous le savez déjà, je suis infirmière sur un département de natalité depuis plus de 8 ans. Mon travail, bien que difficile, est une passion. Lire ces textes-là m’a rendu un peu fâchée.

Je ne dis pas que les violences obstétricales n’existent pas. Je ne dis pas qu’il n’y a pas de médecins trop interventionnistes. Je ne dis pas que les droits des familles sont toujours respectés. Je ne dis pas que tout est parfait.

Par contre, je dis que j’ai des collègues merveilleux. Je travaille avec des gens dévoués, qui ont les intérêts des familles à coeur. Nous avons une superbe équipe qui travaille en collaboration avec les femmes. Contrairement à la croyance populaire, nous ne faisons pas d’induction du travail à moins de raison médicale. Nous laissons nos patientes manger. Nous sommes accueillant avec les accompagnants à la naissance et leur laissons de l’espace pour supporter les patients. Nous prenons tout notre temps pour supporter les mamans et leur conjoint-e. On implique les gens qui accompagnent les mamans. On leur montre comment faire les points de pression, comment faire de leur mieux pour les supporter.

On est là pour les familles

Souvent, il m’arrive de passer des heures dans la chambre à faire des massages, des points de pression, aider maman à bien respirer et à mieux gérer la douleur. Je continue même si je ne sens plus mes bras à force de supporter son bassin ou de faire des points de pression sur sa cuisse. Je continue même si je me fais écraser les os de la main à force de me la faire serrer.

Au besoin, on défend les droits de nos patientes. On leur tient la main. On les accompagne. On les coach. On les informe. On leur propose des méthodes de soulagement de la douleur non pharmacologiques. Plusieurs d’entre nous ont suivi des formation avec Bernadette De Gasquet, une sommité en termes d’accouchement physiologique. Si la situation le permet et que sa mobilité le permet également, on laisse les mamans prendre la position qu’elles désirent. Tout dépendant si elle est sous péridurale ou pas. Nous avons un programme de formation continue qui vise à réduire les interventions et uniformiser les soins. L’objectif principal de ce programme étant de viser la sécurité de tous.

Parfois, on passe des heures avec eux en soutien à l’allaitement, le dos à moitié brisé pour réussir à accrocher bébé au sein. On fait des pieds et des mains pour que ce moment soit le plus beau de leur vie. Qu’il soit à la hauteur de ce qu’ils souhaitent. Malgré la froideur des lieux physiques, on essaie de rendre leur séjour à l’hôpital chaleureux.

De lire qu’on ne respecte pas les femmes, ou qu’on accélère le travail simplement pour nous faciliter la vie, pour le fun, ça me brise un peu le coeur. J’ose croire qu’on n’est pas le seul centre hospitalier à respecter les patientes et à avoir des infirmières/médecins dévoués et compétents. On ne profite pas de la naïveté des futurs parents ni de leur manque de connaissances.

La clé, c’est la préparation

Un accouchement, ça passe aussi par la préparation. Des mamans qui arrivent complètement paniquées, ne sachant pas ce qu’est la phase de latence, ou en n’ayant aucune idée de comment se déroule un accouchement, c’est pas mal fréquent. Ça fait partie du travail des parents de s’informer, se préparer. Parfois, on passe plus de temps à choisir le premier pyjama de bébé qu’à s’informer sur la physiologie de l’accouchement et les options possibles. Les parents ont leur part de responsabilité là-dedans. Mais il faut être conscient que d’être préparé, ça ne met pas à l’abri des complications. En effet, un accouchement, c’est ultra imprévisible et il faut être prêt à toute éventualité.

Au final, on a tous le même objectif. Maman et bébé en santé, oui, mais une famille heureuse et respectée également.